Auteure : Martine St-Onge

Une assimilation déguisée?

iart-15déc_Éduc enfant avec un coeur

Le 16 novembre dernier, le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, faisait une annonce pour le secteur de la petite enfance. Il va sans dire que tout ce qui peut améliorer les conditions de travail du personnel œuvrant en petite enfance francophone est une bonne nouvelle. De notre perspective, plusieurs questions restent sans réponses, surtout en lien avec l’intention poursuivie par cette annonce quant à la rétention et la valorisation de la main-d’œuvre, particulièrement pour les francophones. 

La stratégie d’augmenter le salaire de départ est une chose, celle d’établir le plancher à 3$ de plus en est une autre. L’une favorise le recrutement, l’autre la rétention. Dans ce contexte, nous nous questionnons sur la capacité du secteur à retenir le personnel éducateur inscrit. 

La stratégie de financer une journée par année de développement professionnel est une bonne stratégie pour la rétention du personnel. Or, si ce financement transige par les municipalités, nous sommes inquiets du processus relié à l’attribution de ces fonds pour le personnel éducateur œuvrant au sein d’organismes ayant un mandat francophone. À ce jour, certaines municipalités conçoivent encore mal pourquoi les francophones ont besoin de formation en français, dans un environnement francophone, et considèrent qu’un atelier en français dans un environnement majoritairement anglophone, en isolant les francophones, est suffisant. 

Une autre préoccupation pour les francophones, en lien avec cette annonce, est le financement annoncé pour appuyer le recrutement, qui semblerait lui aussi passer par les municipalités. Si c’est le cas, les francophones devront siéger à toutes les tables municipales, se rendre disponibles (alors que, très souvent, ces mêmes personnes doivent travailler directement auprès des enfants en remplacement du personnel absent ou manquant) et devront s’excuser de parler de leurs spécificités qui n’intéressent pas les autres partenaires majoritaires. 

Les deux dernières mesures annoncées portaient sur les stratégies de recrutement et une campagne de valorisation. Nous ne connaissons pas encore les détails de ces deux composantes. Nous souhaitons sincèrement qu’une portion de ces fonds sera allouée spécifiquement aux francophones. À l’heure actuelle, nous savons que le recrutement (dont celui à l’international) ne vise pas les mêmes pays et que les voies utilisées pour le parcours d’immigration de ces candidats et candidates ne sont pas les mêmes. 

Par les mesures annoncées, nous savons que les besoins du secteur ont été entendus. Par ailleurs, nous avons des doutes quant à l’incidence de ces mesures sur la rétention du personnel éducateur et administratif du secteur. Seul l’avenir nous le dira.   

Dans les dernières années, nous avons investi temps et argent pour appuyer la formation initiale de plusieurs éducateurs et éducatrices, mais, une fois le diplôme en poche, nous les perdons au détriment de d’autres secteurs ou le milieu scolaire. Nous avons l’impression que tous secteurs en ressortent gagnants, sauf celui de la petite enfance, puisque nous n’avons pas les moyens de retenir le personnel. 

Pour nous, francophones, l’enjeu est de taille. Les difficultés liées au recrutement et à la rétention du personnel éducateur font en sorte que les parents n’ont pas toujours accès à des services de qualité en français. N’ayant pas accès à des places dans les services en français, les enfants finissent par s’inscrire dans des écoles de langue anglaise et tranquillement, ils ne sont pas en mesure d’acquérir la langue française avant leur entrée scolaire en français, vivent des échecs et leur identité francophone se voit fragilisée. Tranquillement, sans trop faire de bruit, les enfants francophones sont assimilés et perdent leur identité francophone. 

Nous devons rendre visible l’impact du manque de services à l’enfance de qualité en français sur toute la francophonie ontarienne et canadienne, mais surtout, sur la perte d’une langue officielle. Il est très difficile de comprendre l’importance de garder une langue quand sa langue maternelle n’est pas menacée. Les données sont fondamentales pour démontrer l’importance de soutenir les services à l’enfance francophones de qualité pour la pérennité des communautés francophones en Ontario, c’est pourquoi nous vous invitons à communiquer avec nous si vous éprouvez des difficultés à offrir des services de qualité pour que nous puissions documenter et rendre visibles les impacts sur nos communautés. 

Prochainement, nous relancerons une invitation aux membres de l’AFÉSEO pour contribuer à mettre en œuvre des priorités d’action identifiées en mai dernier par le secteur, lors de la rencontre 911PEF. Nous devons travailler ensemble pour maximiser les résultats. 

À l’approche de la fin de cette année 2023, qui aura été riche en rebondissements dans le secteur de la petite enfance francophone, je vous dis « merci ».  

Merci à tous les membres du personnel éducateur francophone qui continuent à être des modèles linguistiques et culturels francophones inspirants… vous faites une différence auprès des jeunes enfants que vous accompagnez! 

Merci aux membres du personnel administratif et de gestion des centres éducatifs francophones qui, malgré les défis importants à relever, sont fidèles au poste et demeurent convaincus de l’importance des services de qualité en français! 

Merci aux membres de l’AFÉSEO pour votre soutien, notre vision commune que chaque enfant a le droit et mérite de bénéficier de services à l’enfance de qualité en français au cœur de sa communauté pour développer son plein potentiel, est porteuse d’une action concertée et innovatrice. 

Au plaisir de vous croiser en 2024! 

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