Auteure : Donna-Lise Lamothe, ojibwée et francophone (liaison autochtone à l’AFÉSEO)

Avec la collaboration de Sylvie Gravelle, métisse (coordonnatrice de projets à l’AFÉSEO) et Mireille Coulombe-Anifowose (coordonnatrice principale de projets à l’AFÉSEO) 

Chaque enfant compte le 30 septembre

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N’oublions pas « le mois des larmes »

Je me souviens que, lorsque le mois de septembre arrivait, que l’air devenait plus frais et que les feuilles changeaient de couleur, pour moi et mon entourage, c’était un temps de retrouvailles et de retour à la routine. J’étais heureuse de revoir mes amis dans mes plus beaux vêtements pour la rentrée scolaire. Je me rends compte aujourd’hui que j’ai eu la chance d’associer ce moment de l’année à des moments de bonheur.  

 

Contrairement à mes aînés qui m’ont précédée, mon expérience n’impliquait pas de mauvais traitements, d’isolement, de négligence ou de mépris. Je ne peux pas m’empêcher de penser à tous ces enfants autochtones qui quittaient de force leur foyer familial et qui ont vécu de terribles moments aux mains d’adultes qui auraient dû être des personnes bienveillantes et aimantes envers eux.  

C’est pourquoi j’aimerais vous raconter l’histoire du chandail orange.

Le chandail orange est inspiré de l’histoire authentique de Phyllis Webstad, autochtone, alors qu’elle avait 6 ans.  Un certain mois de septembre, elle était toute heureuse d’aller à l’école et fière que sa grand-mère lui ait acheté une chemise orange pour sa première journée d’école.  Elle se souvient qu’elle était lacée au-devant, avec une belle corde et c’était si brillant et excitant – tout comme elle se sentait pour aller à l’école! 

Mais, lors de cette première journée à l’école résidentielle Misson St. Joseph, les sœurs lui ont enlevée et ne lui ont jamais retournée. De plus, ses cheveux furent coupés. Phyllis raconte qu’elle est demeurée à l’école pendants 300 dodos.  La couleur orange lui rappelle que ses sentiments n’avaient pas d’importance, que personne ne se souciait d’elle et qu’elle ne valait rien. 

 

Depuis 2013, chaque année, nous portons la couleur orange spécifiquement le 30 septembre dans le but de réaffirmer que chaque enfant compte. Nous reconnaissons les enfants comme Phyllis, leurs histoires et leurs expériences.   Cette journée reconnait le tort que le système des pensionnats a fait à leur estime de soi et au bien-être de ces enfants. La Journée du chandail orange, nous affirmons notre engagement à veiller à ce que tout le monde autour de nous se sente important. 

 

Le mois de septembre est significatif, car c’est le mois où les enfants étaient enlevés de leur maison pour aller aux écoles résidentielles. Une aînée a décrit le mois de septembre comme le « mois des larmes ».  

La roue de médecine : un modèle pour une vie saine 

Chez plusieurs peuples autochtones, la roue de médecine fournit un cadre pour mieux vivre. Les aînés, la communauté et les parents s’en inspirent pour accompagner les enfants dans leur développement. La roue se divise en quatre parties : l’aspect spirituel, l’aspect intellectuel, l’aspect émotionnel et l’aspect physique. 

  

Spirituel : On enseigne à l’enfant à rêver, à vivre sa foi, à poser des gestes humanitaires envers son prochain, à rendre service, à sourire tous les jours. 

 

Intellectuel : L’enfant est encouragé à nourrir son esprit (à travers les livres ou en suivant des cours de danse et de musique), à trouver un équilibre au sein de sa communauté, à accomplir de nouvelles choses.  

 

Émotionnel : Les adultes qui accompagnent l’enfant tentent de mettre en place les conditions pour qu’il soit heureux, qu’il exprime ses émotions, qu’il soit curieux et qu’il savoure chaque moment de bonheur.  

 

Physique : On encourage l’enfant à bien manger, à faire des activités physiques, à prendre soin de son corps, à courir, à marcher, à danser, à aller dehors.  

 

En tant que personnel éducateur, nous suivons le cadre pédagogique Comment apprend-on? basé sur les quatre fondements, comme les Autochtones s’inspiraient des 4 aspects de la roue de médecine. Ces fondements étant : l’appartenance, l’engagement, l’expression et le bien-être. 

 

Pour permettre aux enfants de développer leur sens d’appartenance, nourrissons leur âme, reconnaissons leurs gestes positifs envers autrui, écoutons attentivement leurs rêves.  

 

Pour qu’ils se sentent engagés, partageons la beauté des livres, reconnaissons l’émerveillement de nouvelles expériences, célébrons leurs nouveaux apprentissages. 

Pour que les enfants s’expriment, encourageons-les à parler de leurs sentiments, encourageons leurs curiosités. 

 

Finalement, pour qu’ils soient heureux, encourageons l’expression de leurs sentiments et faisons-les bouger de tout leur corps. 

 

Nous faisons une différence, chaque jour, auprès des enfants. Soyons des artistes qui utilisent la couleur orange pour ensoleiller les journées de nos tout-petits pour qu’ils soient heureux de nous retrouver chaque matin à leur arrivée. Mon patrimoine autochtone m’enseigne que mes actions d’aujourd’hui affectent les 7 prochaines générations. Ce que nous faisons aujourd’hui affectera les 7 prochaines générations de familles francophones et nous sommes privilégiés de pouvoir changer le monde, un enfant à la fois. 

Le mois de septembre est un mois chaque organisme, avec les Premières Nations, Métis et Inuits prendront le temps de se rassembler dans un esprit de réconciliation et d’espoir pour des générations d’enfants à venir.  Ensemble, nous travaillons pour nos 7 prochaines générations à venir. 

Ressources suggérées : 

Série sur les pensionnats : “ Pour Toi Flora “ est l’histoire d’un frère et d’une sœur d’origine anishnabe qui, dans les années 60, passent leur jeunesse dans un pensionnat « indien » et tentent aujourd’hui de faire la paix avec ce douloureux passé.
https://ici.tou.tv/pour-toi-flora (version française) 
https://ici.tou.tv/pour-toi-flora-version-en-anishinaabemowin (version anishinaabemowin) 

Vidéo sur le chandail orange

Histoire de la journée du chandail orange

Note :  Le contenu de ces ressources porte sur des sujets délicats. Vous pouvez contacter la ligne de crise nationale des pensionnats indiens au 1-866-925-4419 ou contacter le Centre national pour la vérité et la réconciliation : nctr.ca 

Catégorie : GPS andragogique

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