Se mettre à l’heure des enfants même quand le temps avance trop vite

On a tous vécu des moments où l’on veut rester patient, mais l’heure tourne. Alors on lâche un « Dépêche-toi! ». Pas par manque d’amour ou de bienveillance, mais par fatigue ou surcharge. Ça arrive. 

En petite enfance, on le voit chaque jour : le développement de l’enfant ne suit pas le même rythme que celui de l’adulte. Là où l’adulte est guidé par l’horloge et l’efficacité, l’enfant avance selon son temps intérieur lié à son corps, ses émotions et son attention. 

Voici deux poèmes en miroir pour nous rappeler une chose simple : ralentir, ce n’est pas céder. C’est accompagner. 

Poème de l’adulte  

Être à l’heure des enfants 
Quand on est petit, le temps ne marche pas comme pour les grands. 
Une minute peut être très longue. 
Un jeu peut être très important.

Un chagrin peut prendre toute la place. 
Moi, en tant qu’adulte, j’ai souvent mon heure à moi : 
l’heure du travail, 
l’heure de la montre, 
l’heure où il faut aller vite. 

Mais les enfants, eux, vivent sur leur heure à eux. 
Être sur l’heure des enfants, c’est accepter de ralentir. 
C’est s’asseoir par terre pour écouter une histoire, même si elle dure longtemps. 
C’est attendre qu’ils finissent de dire ce qu’ils ont dans le cœur, même si les mots sortent doucement. 

Quand je me mets à leur heure, je vois mieux ce qu’ils vivent. 
Je comprends mieux leurs colères, leurs peurs, leurs grandes joies. 
Je peux les accompagner sans les presser, sans les tirer vers demain. 
Les enfants n’ont pas besoin qu’on les pousse. 

Ils ont besoin qu’on marche à côté d’eux, qu’on suive leur rythme. 
C’est comme ça qu’ils grandissent en confiance. 
Être à l’heure des enfants, 
c’est leur dire sans mots : « Je suis là, je te vois, je t’écoute. » 

Et quand on fait ça, 
ils grandissent un peu plus forts, 
un peu plus tranquilles, 
et beaucoup plus en sécurité. 

Poème de l’enfant 

Moi, j’ai une heure à moi 
Qui ne se compte pas sur les doigts 
Elle court quand je ris aux éclats 
Elle s’arrête quand je ne vais pas 

Quand je joue, le temps s’étire 
Je veux finir, je veux construire 
Une tour, un monde, un château 
Ça compte plus que l’heure du chrono 

Quand je suis triste ou en colère 
Tout devient grand dans mon univers 
Un petit mot peut tout changer 
Mais il faut du temps pour l’écouter 

Parfois, les grands vont beaucoup trop vite 
Leur temps avance, le mien hésite 
Ils disent « plus tard » et « on n’a pas le temps » 
Mais moi, mon cœur me parle doucement 

Mon jeu, c’est du sérieux 
C’est mon monde, c’est précieux 
Ma joie déborde, ma peur s’arrête 
Tout est plus fort dans ma tête 

Merci à ceux qui prennent le temps 
Qui s’arrêtent là, juste un instant 
Qui s’assoient près de moi, sans faire de bruit 
Comme une lumière qui illumine la nuit 

Quand un adulte marche à mes côtés 
Sans raison, sans me pousser, 
Je me sens vu, je me sens fort 
Je peux avancer encore et encore 

À mon heure, je deviens moi 
Pas à pas, tout doucement 
Merci d’être là, juste avec moi 
À mon rythme, simplement 

Oui, ralentir c’est difficile. 

Quand on est pressé ou fatigué, tout accélère (la voix, les gestes, les mots). La corégulation c’est retrouver un rythme ensemble : l’adulte se recentre puis aide l’enfant à se calmer et à coopérer. 

Voici quelques stratégies à essayer au centre éducatif et à la maison : 

  • Faire une micro-pause : 2-3 respirations lentes pour se calmer un brin avant de parler; 
  • Rituel de transition : avec des repères visuels, une chanson ou un minuteur qui aide l’enfant à se repérer dans le temps; 
  • Donner des choix : « Tu as le goût de commencer par la tuque ou le manteau? »; 
  • Une étape à la fois : au lieu de donner trois consignes d’un coup, on en donne une seule à la fois; 
  • Réparer : « Je suis allé trop vite. Je suis désolé. On recommence ensemble? ». Ça apaise et ça réinstalle la sécurité. 

En espérant que ces quelques lignes vous aient fait du bien et vous seront utiles.

Article rédigé par:
Caroline Sutherland, Facilitatrice pédagogique, TES 
Jessica Bédard, Facilitatrice pédagogique, EPEI
Olivia Lismont, Facilitatrice pédagogique, EPEI

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