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C’est quoi, un travail d’homme?

Regard d’un étudiant en petite enfance

Il existe probablement des millions de réponses à cette question : soudeur, dentiste, pilote, professeur et autres. Pourtant, peu de personnes nommeraient spontanément éducateur de la petite enfance. Comme étudiant au programme d’Éducation en services à l’enfance du Collège Boréal, cette réalité me frappe particulièrement car elle fait partie de mon parcours et de mon identité professionnelle en devenir.

Au Québec, on compte depuis 2023 près de 40 000 personnes qualifiées en petite enfance dont moins de 800 hommes, soit moins de 3 % du personnel éducateur. En Ontario, les hommes représentent environ 2 % du personnel éducateur depuis 2016. Ces chiffres m’interpellent comme futur éducateur : pourquoi sommes-nous si peu nombreux alors que le milieu est en pénurie de main-d’œuvre et que le travail est essentiel au développement des jeunes enfants?

Durant mes études et mes stages, j’ai découvert que le travail en petite enfance est exigeant, autant physiquement qu’émotionnellement. Il demande une grande capacité d’adaptation, de la créativité, de la patience et une présence constante auprès des enfants. Malgré cela, un stigma persiste lorsqu’un homme choisit ce domaine. Comme étudiant, il m’est arrivé de sentir que je devais justifier mon choix de carrière ou rassurer certaines personnes sur mes intentions, simplement en raison de mon genre.

Dans des milieux majoritairement féminins, l’intégration peut parfois représenter un défi. Certaines personnes perçoivent encore ce travail comme « non masculin », voire efféminé. Il arrive aussi que des éducateurs masculins soient confrontés à des regards suspicieux ou à des préjugés injustifiés. Ces réalités font partie des réflexions que je porte aujourd’hui comme futur professionnel et elles influencent ma vision du métier.

Comme étudiant en petite enfance, j’observe que la présence d’hommes dans les milieux éducatifs apporte une diversité de modèles bénéfique pour les enfants. Le jeu actif, la prise de risques sécuritaire, les défis moteurs et l’exploration physique sont des dimensions que j’apprends à encadrer de façon sécuritaire et bienveillante. Ces expériences soutiennent le développement de la confiance, de la résilience et de l’autonomie chez les enfants.

Pendant mes stages, j’ai souvent cherché à aller un peu plus loin avec les enfants. Par exemple, transformer une chanson connue en défi ludique, encourager l’effort après la réussite ou encore proposer des jeux physiques qui permettent aux enfants de mieux connaître leur corps. En tant qu’éducateur en devenir, je souhaite continuer à développer cette approche équilibrée entre encouragement, plaisir et dépassement de soi.

La question des modèles positifs est aussi centrale dans ma réflexion étudiante. Plusieurs enfants, particulièrement certains garçons, se sentent représentés en voyant un homme attentionné et engagé dans un rôle éducatif. Être perçu comme un grand frère, un mentor ou un adulte de confiance renforce les liens et contribue à normaliser la diversité des rôles dans la société.

Avec ce choix de carrière, je me projette dans un milieu où la collaboration est essentielle. Notre rôle quotidien qu’il s’agisse d’expériences éducatives, de sorties, de montage de matériel, de soutien émotionnel et autres est certainement une partie intégrante du travail d’équipe. Ces responsabilités ne sont pas liées au genre, mais à l’engagement envers le bien-être des enfants et du milieu.

Je crois profondément que la profession gagnerait à valoriser davantage la présence des hommes dès la formation : par un langage inclusif, par des modèles visibles dans les collèges, par des campagnes de sensibilisation et par une reconnaissance claire de la contribution des éducateurs masculins. Comme étudiant, je sens que ces actions pourraient encourager d’autres hommes à envisager ce parcours avec confiance.

Finalement, la réalité des hommes œuvrant en petite enfance comporte des défis, mais j’y vois surtout un métier porteur de sens, riche en humanité et essentiel à la société. Même si les hommes demeurent encore minoritaires dans le domaine, chaque personne qui choisit cette voie contribue à faire évoluer les opinions.

Je souhaite poursuivre dans cette profession, inspirer les enfants, collaborer avec mes collègues et, je l’espère, ouvrir la porte à d’autres hommes qui hésitent encore. La petite enfance a besoin de personnes engagées, bienveillantes et passionnées, peu importe leur genre.

Ce texte est dédié à mon petit frère, qui débute son travail dans un camp d’été et qui rêve, lui aussi, de suivre ce chemin.

Article rédigé par: Peyton Rodrigue, futur EPEI, collège boréal

Sources:

  • Ministère de la Famille. (2023). Portrait du personnel éducateur en petite enfance au Québec. Gouvernement du Québec.
  • Statistique Canada. (2016). Travailleurs et travailleuses en services de garde et d’éducation à l’enfance.
  • Tremblay, M. S., et coll. (2015). Le jeu actif et le développement global des enfants. Société canadienne de pédiatrie.

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