Dans le cadre du projet de la salle inspirante FrancoFUN, j’ai eu le privilège d’être la « dame des caméras » pendant une semaine de tournage au centre Soleil des Petits à l’école St-Jean-Baptiste de L’Orignal.
Installée dans une régie improvisée, j’avais accès à une perspective rarement possible lorsqu’on est au cœur de l’action auprès d’un groupe d’enfants. Six caméras et plusieurs micros captaient l’activité du local préscolaire. J’avais une vue d’ensemble; je pouvais entendre les échanges, observer le jeu des enfants, suivre plusieurs interactions à la fois. Une vue panoramique du quotidien.
Ce point de vue était à la fois fascinant et déstabilisant.
Fascinant, parce qu’il révélait la richesse incroyable des apprentissages qui se déploient en continu : une négociation subtile entre deux enfants, une tentative de résolution de conflit, une hypothèse scientifique lancée entre deux éclats de rire, un regard complice cherchant la validation.
Déstabilisant, parce qu’il mettait en lumière tout ce que l’on ne voit pas quand on est plongé dans le moment. Lorsqu’on accompagne un enfant, on en manque parfois trois autres. Lorsqu’on soutient une transition, une découverte émerge ailleurs. Non pas par négligence, mais simplement parce que notre attention humaine est limitée.
Cette expérience m’a rappelé une vérité essentielle : la réalité change selon l’angle sous lequel on la regarde.
Être dans l’action nous permet de tisser le lien, d’accompagner, de soutenir.
Prendre du recul nous permet de comprendre, d’analyser, de valoriser.
Et si ce recul n’était pas un luxe, mais un outil professionnel à explorer?
Que se passerait-il si on se permettait régulièrement de prendre un pas de recul?
Un moment pour observer nos pratiques. Pour voir les forces plutôt que les lacunes. Pour reconnaître les compétences des enfants qui s’expriment parfois en silence. Pour porter aussi un regard nouveau sur nos collègues engagés, et reconnaître leur force et leur unicité.
Cette semaine derrière les caméras m’a appris que le quotidien d’un service éducatif est encore plus riche qu’on ne le perçoit dans le feu de l’action. En cinq jours de tournage, j’ai noté plus de 500 moments magiques d’apprentissages! Les apprentissages ne sont pas toujours spectaculaires. Ils sont souvent subtils, dispersés, entrelacés. Mais ils sont là. Partout.
Cette expérience m’a également rappelé que la qualité ne repose pas seulement sur ce que l’on fait, mais sur notre capacité à réfléchir à ce que l’on fait. Lorsque les équipes se donnent des espaces pour analyser ensemble, observer sans jugement et mettre des mots sur leurs pratiques, le quotidien prend une autre dimension.
Prendre du recul ne devrait pas être réservé aux moments exceptionnels comme une semaine de tournage. C’est une compétence professionnelle à cultiver. Dans le quotidien, cela peut prendre la forme d’un échange entre collègues, d’un temps de documentation pédagogique ou d’un moment de réflexion en formation.
Cette diversité de perspectives n’est plus un luxe : il devient une culture partagée.
Article rédigé par: Mélanie Couturier, responsable de la formation provinciale
