Chaque matin, dans les centres éducatifs de la petite enfance de l’Ontario, des milliers de petites mains sont accueillies avec un sourire. Derrière ces sourires, il y a souvent des parcours d’immigration : celui d’une éducatrice ou d’un éducateur arrivé il y a quelques années, celui d’une famille qui découvre tout juste sa nouvelle ville, celui d’un tout-petit qui entend le français pour la première fois.
La 14e édition de la Semaine nationale de l’immigration francophone se déroule du 1er au 7 novembre 2026, sous le thème « Trouver sa place au cœur de la francophonie ». Ce thème parle de ce qui nous permet de nous sentir chez nous, comme les liens qu’on tisse et la communauté à laquelle on contribue. C’est justement ce que le secteur de la petite enfance aide à bâtir, jour après jour.
Pour être en mesure d’offrir un accueil chaleureux, encore faut-il se sentir bien soi-même. Car trouver sa place, c’est aussi préserver le bien-être mental : le vôtre, et celui des familles que vous accompagnez.
D’ici ou d’ailleurs, une même équipe
Plusieurs d’entre vous ont choisi de faire leur vie ici et de mettre leur talent au service des enfants. Vous savez qu’immigrer bouscule bien plus que l’adresse, jusqu’à vos repères et votre façon de voir le monde.
Il a fallu apprivoiser les démarches administratives, la reconnaissance de vos diplômes, une culture de travail bien différente. Il y a aussi les deuils qu’on ne voit pas : la famille restée là-bas, les amis de toujours, parfois un parcours professionnel qu’on a dû recommencer.
Si vous ressentez parfois de la fatigue, de l’irritabilité ou de la solitude, si le mal du pays vous serre le cœur, sachez-le : ce n’est pas une faiblesse. Le stress et le choc culturel ont des symptômes qui se ressemblent beaucoup, et ce sont des réactions naturelles face à un très grand changement.
Et si vous êtes née ou né ici, l’accueil que vous réservez à vos collègues compte énormément pour eux. Un simple sourire ou une invitation à dîner peut tout changer pour une personne qui cherche encore sa place.
Les familles qui franchissent votre porte
Pour beaucoup de parents nouvellement arrivés, le centre éducatif de la petite enfance est l’un des premiers lieux de la communauté où ils créent des liens. C’est là qu’ils confient ce qu’ils ont de plus précieux à des personnes qu’ils connaissent à peine, dans un pays qu’ils découvrent encore.
Ces parents vivent souvent eux aussi du stress, de l’isolement et un choc culturel. Et leurs enfants le ressentent. Un tout-petit qui pleure davantage à l’arrivée, qui dort mal ou qui se replie sur lui-même porte parfois l’adaptation de toute sa famille.
Gardons aussi en tête que le bien-être mental n’est pas perçu de la même façon partout. Au Canada, on encourage de plus en plus à demander de l’aide. Dans certaines cultures, parler de sa détresse peut être vu comme une faiblesse, voire une source de honte. Un parent qui hésite à se confier n’est pas fermé : il a peut-être simplement appris à garder ses difficultés pour lui. Votre écoute, sans jugement, peut faire toute la différence.
Une réalité partagée
Les difficultés psychologiques touchent bien plus de gens qu’on l’imagine. Chaque année au Canada, une personne sur cinq est aux prises avec un problème de santé mentale. Selon Statistique Canada, environ 15 % des personnes de 15 ans et plus au Canada vivent avec de l’anxiété, une dépression ou un autre trouble de l’humeur. Parmi elles, il y a peut-être une personne de votre équipe, un parent, ou vous-même. Pourtant, chez les personnes arrivées au Canada depuis moins de 10 ans, moins d’une sur trois a reçu de l’aide professionnelle, contre près d’une sur deux chez les personnes nées au Canada. Raison de plus pour faire connaître les ressources autour de vous.
Votre bien-être a une influence sur les enfants
Dans notre métier, on le voit chaque jour : notre état d’esprit influence celui des autres. Un enfant sent tout de suite si l’adulte qui prend soin de lui est calme ou tendu. Plus nous sommes à l’écoute de ce qui se passe en nous, plus nous choisissons nos gestes et nos mots avec douceur.
Le fait de prendre soin de soi n’est donc pas de l’égoïsme. C’est une condition essentielle pour offrir aux enfants la présence chaleureuse et stable dont ils ont besoin. Quand vous allez bien, les enfants, les familles et toute votre équipe le ressentent.
De petits gestes qui font du bien
Quelques pistes simples, pour vous et pour les familles :
- Créer des liens. Le prénom d’un enfant prononcé correctement, un café entre collègues, une activité francophone dans la communauté : chaque lien tissé aide à se sentir chez soi.
- Oser poser des questions et inviter les parents à le faire. Personne ne s’attend à ce qu’une famille connaisse tout en arrivant. La curiosité, des deux côtés, ouvre des portes.
- Se faire un petit plan. Prévoyez des moments pour vous dans la semaine, notez ce qui vous ressource et pensez aux personnes vers qui vous pourriez vous tourner. C’est l’une des meilleures façons de prévenir l’épuisement professionnel.
- Connaître les ressources. Avoir sous la main les coordonnées des services d’aide aux personnes nouvellement arrivées et des services de santé mentale de votre région permet de bien orienter un parent qui en a besoin. Le 211 Ontario et la ligne d’aide 9-8-8, offerte en français, sont de bons points de départ.
De nombreuses études montrent que le soutien social, de saines habitudes de vie, le sens qu’on donne à son quotidien et l’appartenance à une communauté protègent notre bien-être mental. Et leurs bienfaits se transmettent d’une personne à l’autre. En soutenant un parent aujourd’hui, on protège aussi son enfant pour demain.
À nous de jouer
Bien accueillir les personnes immigrantes, c’est l’affaire de toute la communauté : chaque organisme, chaque équipe et chaque personne peut y contribuer. Les centres éducatifs de la petite enfance y jouent un rôle de premier plan. Pour bien des familles, ils sont même la toute première porte d’entrée dans la francophonie de leur nouvelle région.
Alors d’ici la fin de la Semaine nationale de l’immigration francophone, et bien au-delà, prenons un moment pour nous. Demandons des nouvelles à une personne de l’équipe arrivée récemment. Accueillons un parent avec un peu plus de temps et de patience. Veillons ensemble sur notre équilibre et notre sérénité. Une équipe qui va bien accueille mieux.
Geste après geste, aidons chaque enfant, chaque famille et chaque collègue à trouver sa place au cœur de la francophonie.
Sources : Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH); Statistique Canada, Rapports sur la santé, janvier 2026.
Article rédigé par: Chantale Blanchette, coordonnatrice de projet
